Construite avec intention
Freddie vivait en plein cœur de Kensington, dans l’ouest de Londres, dans une maison qui avait des airs de paisible demeure de campagne au milieu de la ville. Elle se trouvait dans une rue tranquille, à deux pas des très passantes Earl’s Court Road et Cromwell Road : exactement cet équilibre entre intimité et vie londonienne qu’il aimait.
Londres avait toujours compté pour lui. À son arrivée en Angleterre, il rêvait de posséder un jour un logement à Kensington. Avant que ce rêve ne se réalise, il a vécu dans un appartement loué sur Holland Road avec Mary, après en avoir partagé un autre à West Kensington. En 1975, il a réalisé l’un de ses rêves en achetant un appartement à Stafford Terrace, à Kensington. Ce fut un grand moment pour lui : la preuve que la vie pour laquelle il avait tant travaillé devenait réelle.
Mais Garden Lodge fut le premier endroit qui ressembla vraiment à un foyer, après des années d’hôtels, de studios et de tournées. Après avoir vendu son ancien appartement de Stafford Terrace, il a passé cinq ans à transformer cette maison : déplacer des murs, redessiner des pièces, créer de nouveaux espaces, jusqu’à ce que tout corresponde à l’image qu’il avait en tête.
Elle n’était pas immense, mais chaque détail comptait. Des tapis faits main, dans des couleurs qu’il avait lui-même choisies, côtoyaient de beaux parquets, tandis que les murs faisaient écho à un élégant style édouardien. Il y avait même une immense chambre avec deux salles de bains attenantes : du pur Freddie.
C’était une maison faite pour être habitée et savourée. Comme Peter Freestone l’a plaisanté un jour, elle a peut-être bien été le grand amour de Freddie.
Un architecte d’intérieur était là, mais uniquement pour s’assurer que la maison tienne debout. Le véritable concepteur, c’était toujours Freddie. Attentif au moindre détail, il savait exactement ce qu’il voulait et n’était pas prêt à transiger.
Photo : Martin Skála
De la beauté partout où l’on regarde
On disait souvent que la maison ressemblait à un musée. Tableaux victoriens, cristal, horloges anciennes et une saisissante table de marbre noir occupaient les pièces. Pourtant, elle n’a jamais paru froide. Freddie l’habitait pleinement, y ajoutait sans cesse de nouvelles pièces et les montrait fièrement à ses amis. « J’aime être entouré de choses splendides », disait-il.
Il y avait même une pièce japonaise remplie d’objets qu’il adorait et n’utilisait presque jamais. Elle existait uniquement pour qu’il puisse regarder les choses qu’il aimait. L’espace mêlait pièces modernes et trésors anciens, réunis par des estampes colorées et affirmées qui rendaient la pièce vivante jusque dans le silence. Il n’était pas question de fonction, mais de beauté et d’atmosphère. Il a cherché une horloge japonaise pour compléter l’ensemble, sans jamais en trouver une à son goût : c’est une horloge française ancienne qui a pris cette place. Tout cela reflétait l’amour de Freddie pour le Japon.
L’air lui-même portait son atmosphère caractéristique, toujours parfumé de fleurs fraîches, de savon floral et de son parfum préféré. « Freddie aimait se promener dans le jardin et insistait toujours pour qu’il y ait des fleurs dans toute la maison », se souvient Peter Freestone.
Photo : Martin Skála
L’intimité et les rires côte à côte
Derrière le haut mur, il a trouvé quelque chose de rare : la liberté d’être lui-même. La maison avait le plus souvent une atmosphère paisible. Freddie pouvait s’y promener en survêtement dépareillé, rester assis en silence ou descendre débordant de vie. Le jardin, avec son bassin et ses fleurs, est devenu son refuge tranquille quand il avait besoin d’être seul. En même temps, la maison était pleine de rires et d’amis. Il aimait la compagnie et avait besoin de savoir des gens tout près, tout en pouvant se retirer quand il le souhaitait. Même lorsqu’il donnait de grandes fêtes, réunissant parfois jusqu’à 200 personnes, l’atmosphère restait chaleureuse et sûre. Garden Lodge était son endroit sûr : un lieu où il n’avait à surveiller ni ses paroles ni ses gestes.
Dans les derniers jours de sa vie surtout, la maison lui a offert le refuge nécessaire face aux foules de journalistes et de photographes qui le bombardaient de questions personnelles. Leur présence a aussi pesé dans sa décision de ne plus quitter Garden Lodge : il sentait qu’il ne supporterait pas d’avoir à faire bonne figure chaque fois qu’il sortirait pour monter en voiture.
Photo : Peter Freestone
La maison n’était pas le travail
Pour lui, le foyer et la musique étaient deux mondes distincts. L’enregistrement appartenait au studio, pas au salon, à une rare exception près pendant le projet Barcelona, ce qui a rendu cette collaboration encore plus précieuse. Garden Lodge était l’endroit où il cessait de se produire et se contentait d’exister. Tous ceux qui y ont passé du temps se souviennent de la même chose : la chaleur ne venait ni des œuvres ni des meubles.
Elle venait de Freddie lui-même. Quand il n’a plus été là, la maison n’a plus été que des briques et des pièces, et cet éclat est parti avec lui.
Plus qu’une maison
Garden Lodge n’était pas seulement l’endroit où Freddie vivait. C’était l’endroit où il pouvait respirer, créer, rire et se taire sans avoir à s’expliquer. Une maison bâtie avec soin, pleine de couleurs, de parfums et de souvenirs. Elle montrait la part de lui que la scène n’a jamais pu montrer. Non pas l’artiste, mais l’homme qui aimait la beauté, l’amitié et les moments tranquilles au bord du bassin. Au fond, Garden Lodge était un reflet de Freddie lui-même. Chaleureuse, théâtrale, profondément intime et impossible à oublier.
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